Vie Automobile>Le Drift a changé ma vie !

Par Antonio Alvendia, le 30 mai 2008.

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Salut tout le monde ! Je suis Antonio Alvendia du Cipher Garage. J’ai grandi dans la région de la baie de San Francisco; j’étais un gamin de Silicon Valley. Juste après le lycée, j’ai débuté ma carrière en travaillant dans l’industrie liée à internet et au réseau sans fil, ce qui me fit devenir chef du marketing et des ventes dans plusieurs grandes sociétés internet, mais aussi dans quelques start-ups plus petites. Je me souviens du temps où internet était tout nouveau, et que les gens l’appelaient encore « l’autoroute de l’information », haha !

Pendant cette période, les courses drag de rues étaient vraiment populaires dans la région de la baie. Toutes les semaines, le vendredi soir, des tonnes de voitures préparées se rejoignaient au Denny’s sur Berryessa, au In N Out Burger sur McCarthy Ranch, au Chevron sur Montague, au Edgie’s à Milpitas ou sur le parking du centre commercial Serramonte, puis se rendaient aux endroits secrets pour s’aligner et courir. Mes amis et moi nous rendions toujours à ces courses de rues illégales pour se détendre avec nos amis, rencontrer des filles (pour une raison que j’ignore, il y avait toujours de jolies filles à cet endroit – peut-être qu’elles essayaient de sortir avec de nouveaux petits amis et leurs belles voitures ?), et juste histoire de s’occuper un soir de weekend. C’était plutôt amusant… Pendant la journée, je portais un costume pour « avoir l’air professionnel » pour mon boulot dans la Silicon Valley, mais plus tard le soir après le travail, j’étais dans ma Toyota Celica ST162 ou ma Corolla AE86 GT-S, toutes les deux rabaissées, en train d’échapper aux flics pendant les courses de rues, et l’ironie voulait qu’elles se déroulent dans les pôles d’activités et technologiques où je travaillais la journée !

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(Sur la photo ci-dessus : notre bande de la région de la baie de San Francisco ! L’AE86 Driving Club original au centre commercial de Serramonte, tard un vendredi soir en 1997. Ou peut-être 1996 ? Ou 1998 ?)

A l’époque, les voitures traction importées dominaient les rues car la plupart des gens ne pouvaient acheter les propulsions haut de gamme. Comme mes voitures étaient beaucoup plus lentes qu’une Integra GSR d’origine par exemple, je n’aurais pas tenté de faire du drag contre ces gars. J’alignais ma voiture aux courses de rues, puis arrivé au milieu de la rue, je balançais l’arrière de ma voiture et finissais par des donuts ou des trucs du genre dans les rues ! C’était marrant – mes amis et moi en rions l’autre jour; en fait, mon grand ami Ricky me rappela qu’une nuit, à une course de rues, les gens attendaient en ligne pour partir et faisaient des donuts avec moi dans ma première Corolla GT-S ! Comme la plupart d’entre eux avaient des tractions à l’époque, ils étaient très intrigués par mon AE86 propulsion, et mon talent à faire des donuts dans des espaces aussi petits, car mon AE86 avait un différentiel à glissement limité à ce temps là. C’était hilarant ! Je n’arrive pas à croire que je me comportais comme un abruti, mais j’étais jeune et voulais simplement m’amuser à l’époque. Haha !

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(Ma saison en tant que débutant au volant de ma Celica dans le groupe D des Voitures de Route Préparées lors d’un autocross SCCA dans la région de San Francisco, à Candlestick Park. Cette chose était sacrément lente, mais au moins j’avais des jantes sympas – Sprint Hart CP-R en 16″).

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(Moi pilotant ma toute première AE86 lors d’un autocross SCCA hivernal dans la région de SF au Oakland Coliseum. 1997 peut-être ?)

Je n’étais pas très bon photographe à l’époque – mes seules expériences photos préalables avaient été la photo de classe dans mon lycée et mon travail dans le labo photo du lycée. J’avais aussi l’habitude de prendre des clichés de tous les événements hip-hop underground donc je pouvais voir tous mes artistes hip-hop favoris et me rendre aux concerts gratuitement, même si j’avais moins de 21 ans à ce moment là. J’eus cette chance – c’était pendant ma période préférée du hip-hop – du milieu à la fin des années 1990, donc je pus prendre des photos et aller sur scène avec des artistes hip-hop légendaires comme The Roots, Common Sense, The Fugees, Artifacts, De La Soul, KRS One et bien d’autres encore. Si je n’étais pas à une course de rues ou à un événement SCCA, il était fort probable que je sois à un concert ou à un événement hip-hop underground dans le centre-ville de San Francisco. Ce fut une période incroyable de ma vie !

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(Calvin Wan et moi dans le sud de San Francisco, avec la seconde AE86 que j’avais achetée. En 1997 ? 1998 peut-être ? Ouah ! Dire que je suis ami avec ce gars depuis plus de 10 ans !)

Pour en revenir aux voitures, c’est à peu près à ce moment que j’ai pour la première fois entendu parler du drift ! Je trouvais ça incroyable – contrôler quelque chose qui était de toute évidence incontrôlable ! En fait, comme je travaillais dans une société internet à l’époque et que je disposais d’un hébergement libre, je mis en ligne le site internet initial de la Team Cipher au milieu des années 1990, qui fut l’un des premiers sites sur internet à présenter du contenu lié au drift, aux pièces JDM et aux voitures japonaises anciennes. Bien sûr, la plupart des articles étaient en rapport avec l’AE86 et la TE27 !

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(Ma quatrième AE86 et moi lors d’un meeting de l’AE86 Driving Club à Ling Ham Noodle House, Daly City, Californie, 1999)

Je possède toujours les photos et les négatifs originaux de ces débuts… En y repensant, je trouve ridicule la somme que je dépensais en pellicules et en développement de celles-ci pour le site web de Cipher ! J’achetais une pellicule environ 4 €, me rendais aux événements et payais 10-15 € pour y rentrer… Puis je prenais des photos toute la journée, faisais ensuite développer la pellicule pour environ 6 €, sélectionnais les meilleures photos et les scannais pour enfin les uploader ! C’était ridicule !!! Pas étonnant que personne n’osait surmonter ces difficultés pour créer un site à l’époque ! Je me souviens qu’à mon retour du Tokyo Auto Salon en 1999, j’avais quelque chose comme 24 pellicules à faire développer ! J’ai dépensé pas loin de 220 € juste pour acheter les pellicules et les développer ! Ridicule ! Je suis tout de même content de l’avoir fait… Cela m’a appris les bases.

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(Moi assis dans la légendaire Trueno AE86 de l’un de mes premiers héros de l’AE86, Yamashita Koichi de l’équipe de drift basée à Kanagawa, Running Free.

Ce fut sa voiture qui me fit tomber amoureux des Trueno AE86 rouges à hayon, et maintenant j’en possède trois. Tokyo Auto Salon, Janvier 1999.)

De nos jours, de nombreux « gourous de l’automobile sur internet » sont apparus en ligne – ces mecs lisent le contenu de Wikipedia, Google et d’autres sites web avant de le régurgiter sur les forums ou leurs blogs, et tout le monde pense qu’ils sont experts ou quelque chose comme ça. Pas moi.

J’ai appris ce que je sais de la manière traditionnelle, en consacrant tout mon temps à prendre des photos, et en dépensant tout mon argent dans le développement de pellicules, à chercher de rares pièces de voitures, à passer des journées entières à traîner dans les garages ou avec mes amis, à bosser sur mes voitures avec mes amis, à conduire jusqu’à chez mon ami Ricky et à absorber tout ce qu’il sait des anciennes Toyota, à me lier d’amitié avec des pilotes d’AE86 et des propriétaires de voitures d’autres pays même si nous ne parlons pas la même langue, à dépenser tout mon argent dans des livres japonais nostalgiques de voitures et des magazines de drift que je ne peux même pas lire… Tout cela constitue des expériences analogues de ma vraie vie qui m’ont appris ce que je sais des voitures et de la culture automobile, et je n’échangerais ça pour rien au monde. La plupart des passionnés de voitures lisent des histoires à propos de voitures et de sports mécaniques, mais j’ai eu la chance de les vivre – et il est hors de question que j’échange ces expériences. 

En tant que fondateur de la bande de Toyota old-school et d’AE86 connue sous le nom de Cipher Garage, j’accumule des voitures et des objets de collection en rapport avec l’automobile depuis un peu avant mes 21 ans. Bon sang, ça semble si loin en arrière ! Je sens que je vieillis. (Chuuutttt ! Ne le dites pas aux « umbrella girls » !). J’ai plus de voitures que je n’ai de places de parking; je possède cinq AE86 (quatre aux États-Unis et une au Japon), une Lexus pour tous les jours et le joyau de ma collection, ma rare Toyota Corolla TE27 1600 SR de 1973 avec 5 vitesses et sa peinture d’origine de 1973. La plupart des gens l’appellent Corolla SR-5 de 1973 mais au Japon, il s’agit de la Corolla Levin Showa 48. C’est la voiture de mes rêves ! Je pourrais écrire des chapitres entiers sur la manière dont j’ai recherché la voiture, dont je l’ai achetée et à propos des aventures que j’ai vécues avec elle, mais je garde cela pour plus tard.

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(L’amour de ma vie. Ma Corolla 1600 SR TE27 à 5 vitesses. Peinture orange d’origine de 1973, avec moteur TRD 2TG. Willow Springs, 2001.)

Certaines personnes qui font partie de la communauté AE86 depuis un moment devraient connaître certaines de mes AE86. Je possède une Corolla GT-S AE86 à hayon de 1986 que j’ai repeinte et nettoyée pour le SEMA Show 2000, et je l’ai équipée de pièces de Sprinter Trueno « kouki » spécifiques au marché japonais. Même si j’avais dépensé environ 2500 € dans la peinture à l’époque, je la conduis toujours pour me rendre au travail quotidiennement, une heure et demi de trafic le matin, puis deux heures de trafic pour rentrer à la maison. Je voulais profiter de chaque minute avec cette voiture, donc une bonne partie de ma vie a tourné autour d’elle. Je voyais vraiment la vie en AE86 ! Sans aucun doute !

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(AE86 « kouki » 3 portes du Cipher Garage avec jantes SSR Mark III en 14×8 (-12) sur le parking du quatrième Drift Day. Irwindale Speedway, 2002 peut-être ?)

Quelques années après ça, j’achetais à mon grand ami Patrick une AE86 presque parfaitement coordonnée, sauf qu’il s’agissait d’une version de 1985, avec toutes les pièces JDM Zenki. Même si celle-ci a été amenée à de nombreux événements sur piste, mon AE86 Zenki est aussi avant tout une voiture de route. Pour ma propre collection, je préfère les anciennes Toyota de route propres et complètes plutôt que des voitures de course vidées avec lesquelles vous ne pouvez profiter que sur piste. J’ai acheté la « soeur jumelle » de cette Zenki rouge comme ça je peux conserver ma 86 Kouki en super état, et faire moins de kilomètres avec. Je reparlerai de ces voitures plus tard, car je pourrais réserver un site web à part entière juste pour ces voitures et mes expériences avec elles.

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(AE86 « Zenki » 3 portes du Cipher Garage avec des jantes Work Equipe 01 vintage d’une seule pièce en 14×8 (-18). Japanese Classic Car Show, Long Beach, 2005).

Un jour de 2003 sortit le reflex numérique Canon 10D. J’ai cassé ma tirelire pour me l’acheter, et cet appareil photo a tout changé pour moi. La premier événement auquel je l’amenais fut le cinquième Drift Day, sur le parking de l’Irwindale Speedway. Peu de temps après, le drift professionnel commença à émerger et à se répandre aux États-Unis. En réalité, de petits événements étaient organisés depuis environ l’an 2000, mais le premier gros événement drift en Californie du Sud se déroula en août 2003, lorsque Slipstream Global Marketing s’associa aux gars de Video Option pour produire le D1 Grand Prix à l’Irwindale Speedway. Plusieurs de mes bons amis américains ont en fait piloté lors de cet événement, affrontant les légendaires drifters japonais que nous idolâtrons tous. C’était tellement passionnant ! C’est pendant cette période que j’entamais ma carrière de documentaire sur le drift, analysant sa propagation aux États-Unis et désormais, au monde entier.

Depuis lors, j’ai toujours eu à cœur de réaliser un ouvrage à proprement parler, illustré de mes photos de drift. Je me suis plongé encore plus profondément dans la culture automobile qu’auparavant. Je mangeais, dormais et respirais pour le drift. Tous mes amis de l’époque (la plupart des propriétaires d’AE86) devenaient des drifters de haut niveau aux États-Unis. Encore une fois, je pourrais continuer sans cesse à vous raconter les débuts du drift. Je finis par quitter mon boulot pépère de chef marketing et des ventes et devenais donc mon propre patron, pour essayer de gagner ma vie en travaillant dans l’industrie émergente du drift. Pendant cette période, je me suis rendu à chaque événement drift pour prendre des photos et me documenter sur la scène, sans prendre compte si je gagnais de l’argent ou non – même si j’avais des voitures super cools avec des pièces super rares, lorsque je lançais mon affaire, Cipher Media Group, j’étais vraiment fauché à l’époque, c’était ridicule ! (Je n’aurais pas dû démissionner si tôt, ma nouvelle société n’étant pas prête à soutenir à ce moment là ! LOL. Mais grâce à l’aide précieuse des mes amis et de ma famille, tout finit par s’arranger.) A l’époque, j’étais obligé d’arrêter l’achat de pièces et devais claquer tout mon argent en équipement photo. Prendre toutes ces photos de drift et faire un livre n’était même pas mon travail à ce moment là, c’était ma passion, ce qui me motivait encore plus que mon rêve se réalise.

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A l’automne 2006, mon rêve se réalisa, et je publiais mon ouvrage, intitulé Drifting : Sideways from Japan to America. Il s’agissait en fait du tout premier livre sur le drift – je fus vraiment très surpris lorsque l’on m’apprit qu’aucun livre à propos de drift n’avait été réalisé, même au Japon ! De ce que l’on m’a dit, ils n’avaient que des magazines avec éditions spéciales drift. Pour être honnête, je n’ai jamais vraiment aimé le sous-titre de mon livre; je le trouvais très mauvais. C’est mon éditeur qui l’avait trouvé tout seul et le publia tel quel sans me consulter – travailler avec de grandes sociétés acharnées peut parfois être difficile ! (Si vous trouvez que ceci est mauvais, vous devriez jeter un œil au design de la couverture originale dont l’éditeur se moqua – j’aurais été très gêné s’il était sorti comme ça !) Même si travailler avec eux était parfois compliqué, ils ont fait un super travail de distribution de mon livre, fournissant les librairies de tous les États-Unis, du Canada et même à l’étranger ! Mon livre est épuisé partout. Sérieusement, partout ! C’est incroyable ! Je l’ai même vu à vendre dans différents endroits à l’étranger où je me suis rendu ! Une nouvelle fois, je pourrais vous parler pendant des jours de la réalisation du livre, et des techniques de guérilla que j’ai utilisées en marketing pour le promouvoir, mais laissons ça pour plus tard.

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Certains d’entre vous devraient reconnaître le slogan « Le Drift a changé ma vie. » C’est le slogan dont je me suis servi pendant la promotion du livre. J’ai réalisé des tee-shirts, des stickers et des cordons avec ce slogan, et aujourd’hui encore, je vois toujours des personnes porter les tee-shirts aux événements drift. J’adore le proverbe « Le Drift a changé ma vie » car il est très personnel pour moi (et pour beaucoup de mes amis). Le drift a réellement changé nos vies. Sans le drift, je travaillerais probablement derrière un bureau merdique toute la journée, au lieu de vivre mes rêves, à courir après le drift et mes voitures préférées dans le monde entier.

Même si je ne l’ai pas réalisé au moment où je travaillais dessus, lorsque mon livre sur le drift fut enfin publié pour tout le monde, il allait vraiment aider ma carrière de photographe professionnel et de journaliste automobile. Il a fait connaître mon « domaine de prédilection » et moi-même à plein de personnes que je n’aurais jamais rencontrées – comme les gars de NBC Universal ou d’EA Games !

J’ai eu la chance d’avoir l’opportunité de travailler avec EA Games en tant que consultant depuis l’an dernier, lorsque j’ai été contacté pour le documentaire intitulé « Naissance de Pro Street », qui fut diffusé aux États-Unis sur Spike TV, et poursuit sa diffusion en Europe sur Motors TV – vraiment cool ! C’est là que j’ai rencontré Rod Chong, le réalisateur du film, pour la première fois et que nous sommes devenus amis ! Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de le regarder, faites en sorte de vous rendre sur le site internet de Need for Speed pour le mater !

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Le documentaire « Naissance de Pro Street » était vraiment un projet fun et intéressant sur lequel travailler – et il a permis de rassembler de nombreuses personnes qui sont aujourd’hui impliquées dans le projet Speedhunters. J’ai travaillé avec Rod et des représentants de l’entreprise EA sur le projet Speedhunters avant même qu’il ait un nom. Nous nous sommes parlés au téléphone et avons échangé des mails presque tous les jours pendant plusieurs mois, explorant des idées pour le site comme comment devrait-être le site ou qui devrait être impliqué. C’était fun de travailler avec Rod et d’assembler les morceaux, comme qui serait le meilleur des membres de l’équipe, du côté des pilotes et du coté de la rédaction ! Je pense honnêtement que nous avons la meilleure équipe qui puisse être, et je suis vraiment content que le site soit enfin en ligne pour que tout le monde puisse le voir – nous travaillons dur et jour après jour sur celui-ci, donc je suis extrêmement fier de ce projet, et bien évidemment, je suis très fier d’être un Speedhunter.

Après tout, être un Speedhunter est le travail le plus cool du monde, vous ne trouvez pas ?

Cipher Garage

Documentaire « Naissance de Pro Street »

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